Aménager le territoire n'est pas tout prévoir

Débat · La table ronde organisée vendredi dernier par le Forum d'architecture Fribourg a posé plus de questions qu'elle n'a offert de réponses. Le débat est amorcé entre pouvoir politique, concepteurs et promoteurs. Claude-Alain Gaillet

Quelles sont les expériences faites dans l'aménagement du territoire et quels sont les futurs enjeux dans la planification? C'est autour de ces vastes questions que le Forum d'architecture Fribourg a ouvert vendredi dernier sa deuxième saison. Le directeur de l'Aménagement Beat Vonlanthen, le nouvel urbaniste cantonal Hans Flückiger et celui qui a précédé ce dernier à ce poste, Christian Wiesmann, l'architecte Thomas Urfer, l'urbaniste Hervé Froidevaux et l'entrepreneur-promoteur Jacques Stephan étaient réunis pour en débattre, devant une trentaine de personnes proches des milieux concernés. En toile de fond, et souvent cité à titre d'exemple: «Redwood», nom de code de ce projet mammouth qu'une entreprise pharmaceutique américaine pourrait développer dans le Grand Marais, sur 55 ha de terres agricoles entre Bellechasse et Galmiz (La Liberté du 6 novembre).

Le besoin d'agir vite
«Ce sont les entreprises qui décident où elles veulent aller et non les autorités», décrète Jacques Stephan. L'exemple de Redwood «montre qu'on ne peut plus planifier à long terme, comme cela se faisait autrefois; aujourd'hui, on doit agir très vite par rapport à de tels projets».
Sur Fribourg, le nouveau Plan directeur cantonal (PDC) laisse justement une certaine souplesse d'action qui permet de saisir «l'esprit du temps» durant la quinzaine d'années de validité d'un tel document. «Si on avait dû fixer l'implantation d'un projet comme celui-là par le plan directeur, on ne l'aurait pas fixé dans cette région du Grand Marais», illustre Christian Wiesmann. Le projet Gottéron-Village est du même ordre de l'imprévisible. Pour éviter qu'une mise en zone n'accueille «n'importe quoi» dans le cas où le projet initial ne se réalise pas, le canton a introduit la règle des cinq ans: si un projet ne voit pas le jour au terme d'un lustre, le terrain retourne en zone agricole. Alors, l'aménagement du territoire doit-il céder aux diktats de l'économie? Beat Vonlanthen s'en défend. «Les détracteurs de Redwood disent que le but justifie les moyens. Je réponds que non. On ne viole pas les lois. Mais à cette demande extraordinaire, on doit apporter une réponse extraordinaire. Comme gouvernement, on ne peut pas faire autre chose que mettre en place des conditions cadres.» Thomas Urfer se plaint du manque de visibilité des règles. Une des voies pour les rendre visibles, c'est le concours. «La comparaison des solutions proposées permet souvent d'identifier les problèmes.» Voilà bien ce qu'il aurait fallu, par exemple, pour le plateau d'Agy et l'entrée nord de Fribourg, abonde Christian Wiesmann.

global, par l'agglo
«Sur Fribourg, dès qu'un investisseur a choisi son terrain, nous avons peu de moyens pour intervenir rapidement», constate l'architecte Alain Fidanza, l'un des animateurs du forum.
«Peut-on anticiper ces situations?», demande encore Alain Fidanza qui met d'une part en avant l'absence à Fribourg de politique et de recherches sur la reconversion des friches industrielles, d'autre part le manque de coordination entre communes du Grand Fribourg. Christian Wiesmann cite l'exemple de la ville de Berne dont chaque quartier fait l'objet d'une planification. A Fribourg, cette démarche devrait être étendue à l'agglomération. Hans Flückiger assure que ce projet est lancé. «L'espace public n'a plus d'avocat», provoque Thomas Urfer. «Nous sommes ses défenseurs», réplique Wiesmann. «A nous de convaincre le politique.» CAG

La Liberté_mardi 30 novembre 2004, Magazine