| La ville contemporaine devient le lieu de toutes les mobilités La Liberté_mardi 23 mars 2004, Magazine Réflexion · L'exposition «Bouge l'architecture» est encore visible jusqu'au 29 mars à l'Ecole d'ingénieurs de Fribourg. Retour sur la conférence inaugurale qui explique comment les cités envisagent de composer avec le train, le tram, mais aussi la voiture. Mise sur pied par l'Institut pour la ville en mouvement - forum de réflexion financé par la société PSA Peugeot-Citroën -, l'exposition «Bouge l'architecture» présente 49 projets dans le monde entier qui prennent en compte les mobilités pour remodeler la ville contemporaine. Commissaire de l'exposition, Didier Rebois s'est longuement attaché lors du vernissage le 15 mars (voir La Liberté du 16 mars) à différencier plusieurs approches urbaines. L'espace urbain est devenu un enjeu prioritaire dans l'extension des villes. Entre les réseaux de transports comme les autoroutes ou le chemin de fer et la ville se créent des interfaces. C'est là que l'architecture intervient. Dans des cités de plus en plus fragmentées, les réseaux de transport ont un double rôle à jouer. A la fois liaison entre les fragments et lignes dures qui coupent le tissu urbain. D'où l'intérêt de construire autre chose, le long de ces axes, que des murs antibruit. Pour Didier Rebois, cette nouvelle architecture doit tenir compte de la perception de la vitesse. Elle peut en devenir une métaphore avec des bâtiments symboles. Mais elle peut aussi s'appliquer à requalifier des zones délaissées comme les terrains en dessous des viaducs autoroutiers. Ailleurs, l'autoroute peut se muer en vitrine de l'économie. Exemple avec le centre Brembo, près de Milan, pour lequel Jean Nouvel a imaginé un mur spectaculaire de 400 mètres le long de l'autoroute, protégeant certes les bâtiments, mais faisant cohabiter le réseau et l'habitat par un symbole fort. Il s'agit donc, comme le montre l'exposition, de composer avec les infrastructures existantes. Dominique Perrault intègre un complexe sportif au coeur d'un noeud autoroutier. La végétalisation de l'aéroport hollandais de Schipol crée un nouveau paysage entre les éléments liés au trafic aérien. Les rues commerçantes se font galeries couvertes, comme à la Porta Susa de Turin. La gare prend une nouvelle importance comme centre d'échanges sociaux, à l'instar de la toute nouvelle Lerther Bahnhof à Berlin. Bref l'architecture peut gérer ce monumental enchevêtrement des réseaux, à l'image de la gare d'Arnhem, aux Pays-Bas, où Van Berkel imagine une liaison organique entre le réseau et la ville. Mais dans la ville nouvelle, il s'agit surtout de faire cohabiter sans danger et sans chaos transports publics, piétons, voitures, et même adeptes du roller. Ainsi à Nantes, Fortier et Rottasur ont imaginé un sol continu articulé autour du tram. Aux Pays-Bas encore, on a construit une colline artificielle où sont enterrés les bâtiments, le «toit» devenant un nouveau paysage urbain. urbains et européens à 80% L'Institut pour la ville en mouvement ne fait pas que dresser un catalogue de projets architecturaux novateurs. Il analyse la mobilité comme un enjeu réellement social. En Europe notamment, dont la population est à 80% urbaine, la faculté de se mouvoir détermine le mode d'habiter, la richesse des relations sociales, l'accès aux études, à l'emploi, à la culture et aux loisirs. Symétriquement, la difficulté à se déplacer que rencontrent les personnes atteintes de handicaps physiques ou en proie à des problèmes sociaux et économiques est un facteur d'exclusion supplémentaire. Ainsi actuellement, l'Institut réfléchit à améliorer, par exemple, la mobilité des préadolescents dans la ville. Trop jeunes pour utiliser les moyens motorisés, confrontés à la dangerosité de la ville, les enfants sont trop souvent dépendants des parents pour leurs déplacements urbains. Autre recherche, faciliter le déplacement en ville aux aveugles et malvoyants. L'Institut envisage l'édition de plans en relief des transports collectifs en région Ile-de-France, ainsi que de maquettes pour une découverte tactile de sites et monuments remarquables. Le système Homère devrait à terme permettre de se représenter des lieux complexes par le toucher et le son, afin de simuler des parcours en vue de déplacements réels. JSA l'initiative du Forum d'architecture Fribourg, l'exposition «Bouge l'architecture» est visible dans le hall de l'Ecole d'ingénieurs et d'architectes de Fribourg jusqu'au 29 mars, aux heures d'ouverture de l'école. Des voitures jusque dans les appartements Seul bémol, pour des raisons de pollution, ce projet ne concerne que des voitures électriques. Cette «citadinité» de la voiture, pour reprendre l'expression de Didier Rebois, est un thème extrêmement intéressant de l'exposition, puisqu'il part d'un fait indubitable - l'importance économique et sociale de l'automobile - tout en cherchant d'autres solutions que les parkings souterrains glauques ou les aires de parcage monopolisant des hectares en frontière de ville, comme on les connaît aux Etats-Unis. les piétons, ces oubliés Mais la voiture dans la ville ne doit pas empêcher de s'intéresser au «plaisir retrouvé des piétons», qui est toujours l'usager le plus méprisé de nos cités, et qui reste une priorité. Pour Didier Rebois, deux pistes de réflexion sont particulièrement importantes: d'une part imaginer comment le piéton peut franchir des obstacles, et notamment les réseaux de transport, d'autre part créer ou recréer des espaces de sensation dans la ville. Et l'exposition d'illustrer ce thème avec la faille urbaine aménagée à Tolède, entre les parkings et le rocher où est perchée la vieille-ville. Un escalator emmène les piétons sur le site, alors que l'architecturation de cette faille creusée dans la roche donne une nouvelle qualité, par sa plasticité, à cet «obstacle». JS | |
